Maison Jabri
Des siècles de souvenirs
Un rêve qui devient réalité

Mon grand-père, Mohamad Talaat fils de Nuaman Agha Jabri a acheté cette maison de Monsieur Darwish Afandi. Il est le père de l'écrivain et poète de Al Sham, Shafik Jabri. La famille vivait dans cette maison de 1905 à 1973, puis les femmes (mes tantes) ont été obligées de l'abandonner parce que, vieillies, elles ne pouvaient plus l'aménager et la nettoyer. Les années ont passé et la maison était, livrée à l'abandon et à l’oubli : des fissures ici, une partie écroulée là, elle succombait tristement sous le fardeau des années et des malheurs. Ainsi, quelqu'un était entré dans la maison abandonnée sans avis des propriétaires et l'a transformée en menuiseries, forges et stockages de céréales et de mercerie.

Les nombreux héritiers ne pouvaient pas se mettre d'accord pour la restaurer et investir. Malheureusement j'étais à l'époque encore petit et je ne pouvais rien faire pour cette maison magnifique. J'étais triste et malheureux pour cette maison que j'ai aimée jusqu'à la passion et où j'ai passé ma première enfance qui est toujours suspendue au rameaux de ses orangers amers et de ses jasmins grimpant sur les bonnes fenêtres.

Depuis, le rêve me hantait de rendre à cette maison sa splendeur j'ai voulu faire quelque chose pour cette maison que personne n'a vue sans s'éblouir de la beauté de sa conception et son originalité. Soudain, une idée m'est venue: c'est de la transformer en restaurant pour avoir les ressources nécessaires de la restaurer et de la ranimer... et j'ai voulu en faire un restaurant si simple que, en y entrant, on se sentait encore assis dans une ancienne maison Damascène et non dans un restaurant!

C'est difficile, car on est loin de transformer le rêve en réalité!! Les nombreux héritiers dispersés dans les quatre coins du monde, j'étais obligé de courir de l'un à l'autre pour les convaincre de ce projet conduisant à la restauration de la maison pour transformer le souvenir en réalité. J'ai commencé lentement la restauration, j'ai enlevé la poussière de l'abandon des murs... j'ai commencé à recevoir mes amis dans la maison pour financer le projet.

Un long chemin à franchir est entamé... les amis ont passé l'adresse de la maison aux autres. Les gens se sont mis à la circuler entre eux et ils ont commencé à y affluer pour jouir du jet-d ‘eau et des murmures du soir... de ma part, je leur ai offert des repas comme partie du plaisir dont on jouit dans les maisons Damascène célèbres par la cuisine délicieuse et variée.

Les habitants du quartier et du voisinage ont eu des soupçon sur l'animation de la maison et de voir des étrangers frapper à sa porte qui s'ouvraient pour les laisser entrer ! Ils n'ont pas tardé à porter plainte auprès de la Mairie de Damas qui a apposé les scellés... la fermeture répétée de la maison me rendait plus décidé et plus résolu à conserver la maison avec son nouvel état... les habitants et la Marie ont commencé à comprendre ce qui se passait et à se conformer avec le fait accompli...

La maison- rêve contenait beaucoup d'autres rêves: pour commencer, j'ai ouvert l'une des salles de la maison pour les expositions d'art plastique contemporain, et puisqu'il ne s'agit pas seulement d'une maison, je l'ai chargée d'un grand projet culturel... il y a des colloques culturels des récitals de musique classique et de poésie, et dans l'avenir, il y aura une librairie qui vend et achète les livres usés, en particulier ceux du patrimoine de la pensée arabe et islamique.

Je ne sais jusqu'à quel point nous avons besoin des belles maisons Damascène??
Je ne sais non plus jusqu'à quel point elles ont besoin de nous??
Mais ce que je sais bien, c'est que cette maison m'encourageait et me poussait toujours à la restaurer.

Quoi qu'il en soi, n'est-ce pas la maison de mon grand père?
Et la maison est aujourd’hui la vôtre... Soyez les bienvenues
Raed Jabri